Écot, un haut-lieu de la mémoire patriotique

Le mois de décembre 2025 a vu la fusion des deux associations patriotiques “Mémoire et Souvenir de la Résistance du Pays de Montbéliard et du Lomont” et “Écot 94” présidée depuis sa fondation en 1992 par Denis Noegelen. La nouvelle association “Mémoire et Histoire de la Résistance du Pays de Montbéliard ”, organisatrice des temps forts de l’histoire de la Résistance montbéliardaise avec les cérémonies de Liebvillers, Chamesol, le Mémorial du Lomont, Allondans, Longevelle-sur-Doubs, porteuse de plusieurs projets pédagogiques et culturels, prendra en charge la défense du travail de mémoire sur le territoire d’Écot et la transmission de l’histoire des événements. Citons parmi ces derniers la fin tragique du maquis d’Écot et la folle nuit de la libération du village.

Le 7 juin 1944, le chef d’escadron Émile Joly alias Valentin, placé depuis octobre 1943 à la tête d’un vaste espace qui va de la moyenne vallée du Doubs au Territoire de Belfort, du pays d’Héricourt à la localité haut-doubienne du Russey, décide la création d’un maquis sur le plateau d’Écot. Il servira de camp central pour la dizaine de maquis que l’on nomme du 6-juin. À sa formation, il regroupe plusieurs équipes de sabotage.

Le maquis est installé dans le bois de la Cabiotte mais la pression allemande le contraint à se déplacer près de la ferme de Mont-Pourron, puis à proximité du hameau de Lucelans. Comme la bataille de Normandie mobilise les forces aériennes alliées, les parachutages promis n’arrivent pas, en particulier dans la nuit du 6 au 7 juillet. Au matin du 8, l’effectif compte quatre-vingt-dix-sept résistants. Les Allemands qui bénéficient d’une large supériorité en nombre et en armement investissent la zone et les défenseurs sont rapidement submergés. Parmi eux, seize sont tués, dont Émile Joly, et dix-huit faits prisonniers. Les représailles et interpellations se poursuivent jusqu’à la fin juillet. Au final, vingt-trois patriotes perdent la vie lors des combats ou sont exécutés sommairement au moment de l’arrestation, quatre sont fusillés et neuf ne rentreront pas de déportation. Dans les mois qui suivent règne un climat de terreur sur le plateau et chaque civil fait figure de suspect

Point haut face au no man’s land apparu en septembre entre les lignes de front françaises et allemandes, Écot commande l’accès à la boucle du Doubs, étape décisive sur l’axe Audincourt-Delle-Alsace. Aussi l’ennemi a-t-il transformé la localité en bastion défensif, la population ayant reçu l’ordre d’évacuation le 4 octobre.

Le 14 novembre 1944, au premier jour de l’Offensive du Doubs, le 6e Régiment d’Infanterie Coloniale part à 4 heures du matin de Valonne sous une pluie froide mêlée de flocons de neige. Les tirailleurs d’origine africaine et, plus nombreux, les FFI amalgamés au cours de l’opération de “blanchiment” de l’unité, franchissent la chaîne du Lomont, la vallée de la Ranceuse, remontent sur le plateau d’Écot et, après avoir peiné dans le ravin de Villars, atteignent le bois du Breuil.

 L’investissement du village commence à 14 heures. Les “marsouins” du 1er bataillon enregistrent des pertes en franchissant les champs truffés de mines anti-personnel, puis lors du nettoyage maison par maison de la localité, ce qui va prendre tout l’après-midi. Pour les hommes épuisés qui se sont installés dans des points d’appui défensifs, le repos sera de courte durée car les Allemands vont lancer deux contre-attaques, à 23 heures, puis après une courte accalmie, à 7 heures du matin le 15. Tragique nuit d’Écot où les combats sont acharnés, sanglants, parfois livrés entre le rez-de-chaussée et l’étage d’une même maison. L’hiver sera terrible pour les habitants de retour dans un village où cinquante maisons sont endommagées et dix entièrement détruites. Terminons par ces quelques mots d’un libérateur : « Pauvre petit village qui a eu le tort d’avoir une église dont le clocher dominait la région ».

Souvenons-nous du prix payé par ceux qui ont rétabli la souveraineté de la République française et rendu à ses habitants leurs libertés individuelles et collectives.

Jean-Pierre Marandin.

Source : L’année 1944 au Pays de Montbéliard. Action clandestine, répression, libération. Besançon, Éditions Cêtre, 2025, 303 pages.

Date de dernière mise à jour : 18/02/2026