Tragique 19 août 1944
Dans le contexte du débarquement franco-américain du 15 août 1944 sur les côtes de Provence, des éléments précurseurs gagnent le plateau du Lomont dans la nuit du 15 au 16 août. Ils repèrent sur les flancs du mont Écheroux l’emplacement, qui sera occupé le 17 par les compagnies FFI d’Audincourt et de Vandoncourt-Seloncourt.
Le lendemain doit être installé un second camp au lieu-dit L'Échotte, à moins d'un kilomètre au nord de Liebvillers, pour les deux compagnies recrutées sur Montbéliard-ville et dans les villages situés dans sa périphérie immédiate.
Un rendez-vous est fixé à Noirefontaine pour la fin de l'après-midi du 18 ; des jeunes femmes, un mouchoir blanc à la main, baliseront l'itinéraire. Chacun se déplacera par ses propres moyens, parfois un vélo que l'on abandonnera à Pont-de-Roide.
La compagnie Bahisson achève de se rassembler en fin d’après-midi à la sortie sud-est du village de Noirefontaine. À l'arrivée de deux camions allemands, trois volontaires sont laissés en arrière pour la couvrir ; ils disposent d’une seule mitraillette et deux grenades, soit tout l'armement pour la centaine d'hommes à ce moment-là.
Dans la matinée du 19 a lieu un exercice de montage-démontage de la mitraillette. Le lieutenant Joseph Bahisson rentre de Liebvillers où il a trouvé bon accueil, aussi six hommes partent-ils, sous un soleil de plomb, chercher de l'eau dans la localité. Peu avant midi, ils sont interceptés à l'entrée du village par un groupe d'une vingtaine de soldats allemands. Les six malheureux, originaires du village de Dung, sont attachés à des pruniers. Les coups pleuvent et les questions fusent, par exemple sur les effectifs du groupe…, se font vite beaucoup plus précises. Puis les Allemands prennent la direction du camp, guidés par un des jeunes avec qui le chef de patrouille discute en allemand et qui a un PM pointé dans les reins.
A leur approche, les résistants se dispersent dans la grande forêt de sapins. Des soldats ennemis qui sont parvenus sur la route de Montécheroux interceptent une corvée de vingt-cinq hommes partis chercher des armes dans le secteur du fort du Lomont ; ils sont malheureusement de retour sans celles-ci, puisque les responsables ont décidé de charger dans une camionnette l'armement tout juste sorti des containers et non dégraissé. Le maquis connaît sa première victime : Pierre Tissot, blessé puis achevé par l'ennemi vers 15 heures. Trois hommes sont capturés.
A Liebvillers, les Allemands réquisitionnent un camion ; un FM est placé sur la cabine du camion et les neuf prisonniers se retrouvent pieds et poings liés à l'arrière avec quelques gardes. Cinq jeunes échappés de la fusillade débouchent devant le camion peu avant Nadam et les rejoignent sur le plateau du véhicule. Le bilan, pour les seuls événements de Liebvillers se monte à un tué, quatorze prisonniers qui seront déportés. Sept ne rentreront pas : Marcel Clerget, Fritz Eisèle, Julien Fichot, Georges Grosclaude, Jean Huguel, Jacques Oudot et Gaston Tournoux.
Dans la vallée du Doubs, à la sortie de Noirefontaine, le FM se met à crépiter, arrosant des résistants de la compagnie du lieutenant Michel Banet. Charles Ribolzi reçoit une balle en pleine poitrine ; des soldats le sortent de la rivière et l'abandonnent au bord de la route. Les Allemands font quatre prisonniers avant d’arrêter à Montbéliard deux patriotes qui avaient assuré le transport. Sur les six déportés, Camille Amiot, Achille Barberet et François Yagues disparaitront dans l’univers concentrationnaire.
Un lourd bilan – deux tués, vingt déportés - pour une journée qui va marquer l’épilogue de la courte existence du camp de Liebvillers. La prise de maquis par les compagnies Bahisson et Banet trop peu armées comportait des risques : elle rappelle que la plupart des groupes de résistance ne dispose à la mi-août que d’un faible armement. Elle souligne le choix des chefs de la Résistance de ne pas acheminer au Lomont des cargaisons antérieurement larguées dans le pays de Montbéliard avant d’avoir concentré un nombre suffisant d’hommes pour s’en saisir et les défendre.
Jean-Pierre Marandin.
Bibliographie : Le Dernier des grands maquis de France. Le Lomont, août-septembre 1944. Jean-Pierre Marandin. Besançon, Éditions du Sékoya, 2015, nouvelle édition 2018, 232 pages.
Date de dernière mise à jour : 07/09/2026